Je me rappelle ce banc, ce quai, il faisait chaud dehors, je marchais en sens inverse face au temps. Déconnectée de tout, prisonnière dans ma tête, camisole de l'âme.
Je me rappelle aussi que j'avais mal, que ça faisait mal, autant les ecchymoses psychiques que les réelles quand il persécutait de toutes ses forces mon mental, avec succès.
Sur ce même banc, cette même après midi, les yeux cherchant sur le sol une échappatoire inexistante, perdue au fin fond de mes pensées obscures, j'aurai tout donné pour que quelqu'un prenne ma place.
Une rencontre fortuite, l'espace d'un instant, tout a explosé en moi, le c½ur, les yeux, les poumons. Une présence, sa présence, je me souviens encore des premiers mots.
" - eh, c'est pas la fin du monde.
- si, enfin ça pourrait ne pas l'être, pour moi, ce serait pareil "
Je me rappelle la peur, l'angoisse, le goût âpre des larmes, et le parfum de cet inconnu transcendant. On s'est connu comme ça, par inadvertance, et le temps passait, les ecchymoses ne partaient pas, mais cet organe qui m'est aujourd'hui inconnu battait très fort en moi, lorsqu'il m'écoutait divaguer à mes heures perdues. On en a passé, des soirées ensemble, il en a séché des milliers, de mes larmes. Comme si j'avais rencontré quelqu'un dont j'avais toujours eu besoin...
Je m'en rappellerai toujours, de ces jours là, ils sont ancrés en moi, ils se trainent le long des mes joues quand coule ce stupide mascara. Je suis superficielle, à en mourir, à en chialer de désarrois, et je devrais encore pour la peine m'en prendre à moi. Me prendre en bourreau et en victime simultanément, me trancher la jugulaire ou je ne sais pas.
Cette nuit d'hiver, je m'en rappelle, il faisait tellement froid, les jours avaient passé si vite, et il était toujours là, avec ses grands yeux bleus qui cherchaient toujours les miens qui ne savaient en fixer d'autres...J'ai toujours étais effrayée par les gens, par ce qu'ils pouvaient penser, par ce que je pouvais leur évoquer...Je n'ai jamais réussi à croiser ses yeux sans les dévier aussitôt. J'en reviens souvent à cet instant là, quand il m'a dit que c'était mieux de me connaître de loin, que c'était fini, que tout était fini, que je devais oublier...Comme si pour lui, c'était une évidence que j'y arriverai...Je me suis accrochée à d'autres gens par la suite, tant bien que mal, mais je n'ai jamais su, je ne suis jamais parvenue à convaincre mon c½ur de renoncer. Je l'ai détesté, comme j'ai pu, j'aurai voulu qu'il n'ai jamais existé, j'étais trop jeune pour qu'on ai le droit de me briser.
Je me rappelle de l'existence d'un être qui ignore aujourd'hui la mienne, et quand on me questionne, je reste silencieuse sur ce sujet, quand mes nerfs lâchent quand il fait trop nuit et que cette phrase se répète en moi à l'infini, " il faut que tu oublies ".
Ils disent que je n'ai pas de raisons d'être ainsi, que je ne sais pas réellement aimer parce que de ces choses là, je n'en parle jamais, de mon c½ur et de sa mort préméditée.